Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique

NiLem alias Clément Simounet est avant tout un musicien, plus exactement un guitariste émérite et un multi-instrumentiste que l’on retrouve souvent derrière d’autres artistes, auxquels il apporte son talent, son savoir-faire et son expérience. Depuis quelques années, il a notamment collaboré (et la liste est plutôt longue) avec Ben Mazué, Carmen Maria Vega, Luciole, Neeskens, Madjo, Duberman, You & You, Kid with no eyes (aka Clément Verzi), Jeff Brodnax .... En 2016, NiLem est également, à la vie comme à la scène, un artiste avec d’autres palettes à sa six cordes, à la fois comme compositeur, arrangeur, et réalisateur pour des chanteurs, des publicités, des plasticiens, des chorégraphes ou des courts métrages.

Il a pris le temps de développer à proximité de ses nombreuses activités, un projet solo d’abord avec sa guitare acoustique, son fidèle compagnon de route, puis dès 2014, en duo avec Octavio Angarita (Spleen, Namasté, Hugh Coltman) et son violoncelle, avec lequel il écume les scènes en France. Aujourd’hui, NiLem devient officiellement un trio en s’adjoignant une batterie et des percussions en la personne de Gaët Allard (boNObo-trio, Medéric Collignon, Souleyman Diamanka, Perfect Line, Ulrich Forman, Alex Hepburn, Balinger). S'il avait "Planter le décor" avec son EP 4 titres en 2012, il aura fallu 4 longues années pour que NiLem donne corps à ce nouveau groupe.

Au-delà de son parcours de musicien, NiLem possède une voix remarquable et reconnaissable entre toutes. Proche de celle de Cat Stevens plus jeune, on est très vite captivé par sa voix grave, chaude, profonde, assez puissante pour imposer le respect, ce qui dénote avec le personnage parfois timide, sobre et pudique qu’est NiLem sur scène. S’il revendique des influences américaines (comme il le dit lui-même « entre le Maine d'un Ray Lamontagne et le Texas d'un Stephen Stills »), et un amour des grands espaces, NiLem puise aussi son inspiration dans les racines de l’Afrique entre le blues et de l'Afro-folk. Il a pourtant fait le choix de mettre en avant des compositions en Français, même s'il lui arrive sur scène de faire des reprises anglo-saxonnes de ses artistes favoris (comme le très beau "Wandering Star" de Portishead avec Claire Joseph).

S’il fallait absolument lui dédier un genre musical, on pourrait « caser » la musique de NiLem dans une pop-folk en français. Mais comme il ne s’interdit rien, vous trouverez aussi dans son univers musical des digressions Rock plus énergiques et plus brutes.

Après une campagne de financement sur la plateforme de Crowfunding Kiss Kiss Bank Bank réussie en avril 2016, NiLem s’apprête à nous dévoiler ce Vendredi 18 novembre, son nouvel EP 6 titres : "Un abri dans l'incendie" (publié chez Shamone Productions / Hedwige Denain & Clément Simounet). Cela fait un moment que le blog AIETV suit attentivement le parcours de NiLem et on est très heureux de vous le faire découvrir en avant-première !

Cet EP se décline en six morceaux qu’il a soigneusement peaufiné dans le Studio Garage - Paris Ménilmontant et le studio Mahel avec la complicité de Jean-Baptiste Aubonnet pour l’enregistrement,  Jean-Baptiste Aubonnet au mixage, et Benjamin Joubert au mastering. Ce nouvel EP est également le fruit d'une collaboration étroite avec Octavio Angarita au violoncelle, Thomas d'Arbigny à la guitare Basse et Gaët Allard à la batterie et aux percussions. NiLem, au chant (et autres instruments), a composé l’ensemble des paroles et des musiques (excepté sur le titre "Du plomb dans l'aile" avec Céline Righi), et assuré les arrangements et la réalisation de ce mini-album.

 

Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique
Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique
Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique
Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique
Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique

Autant vous dire qu’on retrouve la totalité de cet investissement très personnel dans cet EP, dans lequel dialoguent harmonieusement guitares acoustique et électrique, violoncelle et batterie, portés par la voix rocailleuse de NiLem. « Un abri dans l’Incendie » est à la fois un instantané sur les turpitudes de l’âme humaine et du monde moderne, le temps qui passe inexorablement, et aussi une invitation à une réflexion nécessaire sur la condition humaine, sur les doutes et les tourments irraisonnés de l’homme sur son propre futur.  Il renvoie surtout à des sentiments forts, entre pudeur et légèreté, entre douceur et intensité, où les mots soigneusement choisis par son auteur dévoilent une sensibilité profonde, des tensions franches et des émotions exacerbées.

NiLem a pleinement contribué à des arrangements ambitieux et soyeux, d'une limpidité sans faille, et su développer une vraie générosité musicale. La richesse et le joyau de cet EP, c'est bien sur sa voix (et quelle voix !) qui se faufile avec aisance entre le violoncelle, les guitares, les claviers et la batterie qui subliment chaque texte, qui nuancent les échos intérieurs en autant de moments suspendus, déclencheurs de frissons incroyables. Il faut également souligner la qualité et la sobriété du visuel de la jaquette, qui représente un NiLem qui se cache ou se protège avec ses bras comme le ferait une personne en proie à un feu extérieur (photo : Emilie Arfeuil). Le plus simple est encore pour moi de vous dévoiler titre par titre, le contenu de cet EP flamboyant dans les arrangements et dramatico-mélancolique dans les sujets qu'il aborde. Il se balade d'une extrémité naturelle musicale Folk vers une aprêté Rock, qui baigne dans un univers pop évident tout en reniant pas une approche classique par endroits.

Sur ma branche

L’ouverture de l'EP 6 titres se fait par un titre emblématique de NiLem. "Sur ma branche", rien que par le titre, on imagine le regard que porte NiLem sur la propre position de l'Homo Erectus dans son époque (est-ce lui ou quelqu'un d'autre ?). Il est figé, embourbé dans le cadran du temps entre un passé qui s’enfuit déjà et tourné vers la promesse d’un futur meilleur. Pour appuyer cette idée, le titre joue volontairement au démarrage sur une ambiance effrayante, une ambiance lourde de sens, entre les chœurs et la batterie sur un tempo lancinant. Cette solitude intemporelle pesante s'interprète comme un appel au secours. Si on lit entre les lignes, NiLem appelle à l’aide pour sortir de cette léthargie, pour sortir d’un mauvais sommeil, et des errements du passé, pour comme il le dit si bien « prendre un virage pour demain ».

Cet envol qu'il appelle de ses voeux se caractérise par les instrumentaux à la fin du morceau qui sont d’une magnificence absolue. Ce mélange enivrant de cordes classiques et électriques  nous plonge dans cet abîme sonore où les violons, le violoncelle d’Octavio Angarita font des merveilles. Ainsi dès la première chanson, la ligne semble tracée. NiLem dresse le (son ?) portrait d’un Homme qui est pris dans ses contradictions, au piège de sentiments exacerbés et tumultueux, qui cherche non seulement à en sortir sans pour autant parvenir à trouver une voie nouvelle. Une très belle introduction musicale qui donne envie de découvrir les autres titres.

La discorde

Avec "La discorde", on sort carrément de l’ambiance pesante du début avec une mélodie plus pop, plus entraînante. C'est aussi le premier extrait disponible de l'EP. La chanson se veut plus simple, plus directe et déroule les derniers préparatifs vers un nouveau voyage, d’un nouvel avenir plein de promesses. Ce morceau qui se veut plus rassurant, recèle des enseignements plus personnels : savoir se servir de ses erreurs pour aplanir les malentendus, se donner une nouvelle chance de vivre différemment, et couper la « corde » des souvenirs et des colères passées pour envisager un nouveau départ.

Ce morceau qui se veut plus philosophique d’une certaine manière mêle agréablement le trio des instruments qu’affectionne NiLem : la fidèle guitare acoustique, le violoncelle et les claviers. J’aime ce côté chaloupé qui démontre que NiLem sait aussi sortir des compositions tristes, qui appuient sur le côté dramatique. Jusqu'ici, c'est un sans faute.

Calme la mer

Ici, on passe à un autre niveau. Foncièrement, et d'entrée de jeu, cette chanson est une des pépites de ce mini-album.

NiLem a un certain talent pour installer le contexte de ces chansons, et ici la mer est à la fois un écrin et une tombe. A l’ouverture du morceau, on plonge directement au niveau sonore dans les embruns marins, le vent sifflant dans nos oreilles de terriens. NiLem conte l’histoire de ces hommes qui périssent lentement mais surement sur cette mer d’huile qui peut d’un coup se transformer et devenir tempêtueuse. Difficile de ne pas y voir l’écho, plus actuel et proche de nous, des migrants qui défient leurs propres peurs, pour traverser des frontières dans lesquelles nous nous enfermons comme autant de certitudes. Plus le morceau avance, plus on s’immerge dans ces flots (à moins que ce ne soient les passeurs) qui sont autant de griffes qui attrapent leur proie, pour mieux les noyer comme il l'évoque dans le texte.

Cette dérive maritime se révèle aussi dans les sonorités qui bouscule volontairement nos oreilles d’auditeur, entre la guitare électrique qui transforme ses riffs en écho de brume, la profondeur de la  guitare acoustique, tel un fil conducteur, qui retranscrit les éléments qui se déchaînent et le violoncelle qui émerge comme un flotteur entre vents et marées. Et Dieu, quelle fin poignante, violente et choquante que cette porte qui claque pour terminer la chanson. Une intensité à la fois dans l’immonde et dans la détresse de cette histoire qui est malheureusement vraie. Difficile de ne pas frissonner et de ne pas voir les images d'actualité qui prennent une autre dimension sur cette incroyable composition.

Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique

Retour à l’envoyeur

Autant « Calme la mer » avait du sens et cette force insupportable, autant « Retour à l’envoyeur » se dispense de donner un fil rouge fort à l’auditeur et de lui donner les clés nécessaires pour comprendre la chanson. A moins tout simplement qu'il n'en est pas besoin.

Je suis un peu mitigée sur ce titre. Ses qualités intrinsèques sont la mélodie, facile à chanter et à retenir, cette ambiance pop légère et ce refrain easy listening, qui en ferait un très bon titre radiophonique. La chanson est portée par la batterie omniprésente et le violoncelle qui ponctue le refrain en leit motiv. Par contre, je suis beaucoup moins persuadée par le contenu et le sens de la chanson. J’hésite entre une critique un peu mièvre d’un monde aseptisé, qui valorise l’éphémère, d’un futur qui a oublié son passé, bref d’un monde qui n’a pas d’odeur. Et cette volonté de briser les codes (« taper dans la fourmilière », « retour à l’envoyeur ») sans y mettre vraiment l’intention. Je préfère retenir de ce retour à l’envoyeur surtout cette belle mélodie qui en fait une chanson plutôt agréable à écouter.

Un abri dans l'incendie, le nouvel EP de Nilem, chronique

Un abri dans l’incendie

Ce titre qui donne son titre à l’EP est toute la raison d’être de son existence. Je m’explique. La force de ce morceau est d’abord de faire croire qu’il va nous conter une histoire et de note en note, on s'aperçoit que ce morceau instrumental nous guide vers l’essentiel de cet EP : l’intensité des émotions et la profondeur sonore de l’univers artistique de NiLem, mais surtout la mise en avant du duo fondateur guitare acoustique et violoncelle qui représente la dualité complémentaire et l’amitié entre 2 musiciens qui ont construit ce beau projet, Clément Simounet et Octavio Angarita.

Ce morceau est d’une beauté imparable, inégalable devrais-je dire. C’est une invitation à un voyage intérieur, pas forcément celui de NiLem, mais bien celui que fera l’imaginaire de l’auditeur en écoutant ces notes de musique.

Mon imaginaire à moi interprète ce titre comme un pont invisible entre le classicisme du violoncelle et la modernité plus roots de la guitare acoustique. On se laisse volontiers porter par les sonorités douce et rugueuse, avec quelques tensions parfois puis happer par la sensibilité qui s'en dégage. Ces 2 minutes 36 de bonheur musical et d’intensité NiLemienne apporte du baume au coeur, et définit parfaitement cet abri, ce cocon intérieur, cette bulle dans laquelle on se love loin de nos incendies extérieurs que sont la cruauté du monde moderne, nos soucis quotidiens, la guerre des hommes et l’aprêté de l’existence. Un immense merci à NiLem d’avoir su délivrer ce morceau et le glisser dans nos oreilles comme un superbe cadeau à ses contributeurs et non pas comme un intermède de facilité entre 2 chansons.

Du plomb dans l’aile

Quelle chanson qui porte bien son nom !  Tout d’abord, elle a une vraie signification pour moi car elle est un des premiers titres qui m’a connecté avec l'univers de NiLem sur scène. Ensuite et logiquement, on pourrait croire qu’il parle d’un oiseau blessé, mais à ce stade de l’EP, qui a traversé différentes étapes, NiLem revient à sa griffe personnelle, celle de la chanson mélancolique qui cache bien son jeu. Derrière des paroles tristes (voire sinistres), et un début instrumental toute en retenue, c’est surtout la porte de sortie plutôt explosive qui fait cette composition. Sous des dehors sobres (avec un décor de plaines, de lunes claires, d’asphalte et de grisaille), un peu larmoyants, de gravité et d’obscurité, il y a aussi cette petite lumière au bout du tunnel, cette volonté farouche de sortir du piège du présent, de s’échapper, presque de prendre la fuite, même avec les liens qui vous retiennent au sol.

« Jouer des jours durant », c’est extrapoler d’une certaine manière, que la vie de musicien derrière les autres (ce que NiLem a fait pendant pas mal d’années avec des collaborations significatives) peut devenir frustrante, voire restrictive pour des appétits artistiques qui ne font que grandir. La référence aux oiseaux n'est pas un hasard. Une fois élevé dans son nid protecteur, vient le temps de l'envol vers une certaine liberté mais aussi d'affronter les dangers extérieurs. Cet EP est comme un bébé que NiLem a longuement couvé, préparé, protégé auquel il doit donner une vie extérieure et le laisser s'échapper pour qu'il prenne une autre dimension.

Finalement, avec cet EP « Un abri dans l’incendie » et cette dernière chanson, c'est bien cette libération artistique dont il s’agit, vers d’autres chemins sonores, les siens, qui s’expriment vers la fin du morceau avec sa voix grave qui s’élève vers les aigus, la batterie qui se fait plus tambourinante et percussive que jamais, comme un cheval au galop. Cette façon de déployer ses ailes musicales vers une énergie plus rock, moins folk est un réveil musical qui fait du bien et qui démontre avec évidence que NiLem en a sous le pied. C’est un guitariste hors pair et expérimenté qui a su s’entourer de belles personnes pour développer ce projet solo et lui donner toutes ces chances pour qu'il devienne la propriété de ces auditeurs. Ce dernier morceau, qui sort de la torpeur Folk du début,  clôture en beauté, de façon puissante et efficace ce nouvel EP 6 titres.

Les contributeurs Kiss Bankers ont eu droit en avant-première à l'écoute de ce nouvel EP de NiLem. On vous annonce que la sortie digitale de l'EP "Un abri dans l'incendie" est programmée pour ce Vendredi 18 novembre et que vous pourrez vous le procurer sur son site officiel et sur toutes les bonnes plateformes de téléchargement légales :

Pour le lancement de l'EP, NiLem vous donne rendez vous le 1er décembre à la LA BOULE NOIRE au festival Only French (toutes les infos de la release party sur le Facebook Event). Il sera également en tournée pour quelques dates en province :

22/11 - LE CAVEAU DE LA MICHODIÈRE - Clermont Ferrand (63)

01/12 - LA BOULE NOIRE - OnlyFrench festival - Paris

16/12 - CONCERT À LA FERME (Les Bains-Douches) - Montlouis (18)

21/01 - L'ENTRE-POTES - Les Sables d'Olonne (85)

 

Toute l'actualité de NiLem à retrouver sur :

Site OfficielFacebook - Youtube - Twitter

Les photos publiées (sauf indication contraire) sont créditées : Emilie Arfeuil (tous droits réservés).

 

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