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*AIETVBLOG  #1W3BZINE MUSIC@L

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Les Grandes Artères, chronique d'album. Heureux qui comme Louis-Jean Cormier ....

Les Grandes Artères, chronique d'album. Heureux qui comme Louis-Jean Cormier ....

Les Grandes Artères, chronique d'album. Heureux qui comme Louis-Jean Cormier ....

Au début, il y eut Karkwa, l’un des groupes phares du rock indépendant au Québec. Il est difficile de ne pas oublier ce groupe qui affiche 4 albums au compteur et un dernier album Live (disponible sur karkwa.bandcamp.com/) qui ont été auréolé d’une foultitude de prix au Québec, des Félix du Gala de l’Adisq (équivalent des Victoires de la Musique), du prix Juno, au Prix de musique Polaris en 2010 (équivalent du Prix Constantin) ou du Mercury Music Prize au Royaume-Uni).

Louis-Jean Cormier, fondateur et chanteur du groupe est aussi un auteur compositeur interprète, un guitariste, un multi-instrumentiste, un coach musical, un réalisateur et un producteur reconnu par-delà de l’Océan Atlantique. Oui, Louis-Jean Cormier est un VRP multi-cartes de la musique. Pourtant, il semble que cette longue aventure Karkwa se soit refermée depuis un long moment. A l’image de certains musiciens du groupe, Louis-Jean Cormier s’attache maintenant à donner corps à sa propre carrière en solo. En France, il a un succès certain au travers de son ancien groupe Karkwa porté par la communauté Québécoise de plus en plus grandissante en France. Mais pas seulement ! Il existe heureusement des festivals de musique qui promeuvent la musique des artistes québécois (Printemps de Bourges, Francos de la Rochelle et plus récemment la Nuit Boréale).

J’en profite pour faire une parenthèse. La musique québecoise n’est pas une nouveauté et ne s’arrête pas qu’aux très connus Félix Leclerc, Robert Charlebois, Diane Dufresne et Luc Plamondon. Oui, les artistes québecois ont le vent en poupe depuis longtemps. Mais elle ne se résume pas aux voix de Céline Dion, Rock Voisine, Diane Tell et Isabelle Boulay en tête. Hormis le groupe Arcade Fire, qui en France connaît cette autre génération montante d’artistes québecois talentueux et plus rock’n’roll comme Half Moon Run, Pierre Lapointe, Ariane Moffatt, et bien d’autres. Je ne les oppose pas, je constate. Fermons la parenthèse.

Les Grandes Artères, chronique d'album. Heureux qui comme Louis-Jean Cormier ....

Louis-Jean Cormier fait partie intégrante de cette génération renouvelée. Comme il le dit, « Je suis un créateur de chansons, c’est ce qui me passionne le plus dans ce métier. À la base, j’avais écrit des chansons pour d’autres artistes. Je suis tombé en amour avec ces chansons et j’ai décidé de les intégrer à un album solo ». C’est précisément ce qu’il fait dans un premier album studio « Le Treizième étage » sorti en septembre 2012,  couronné par la critique et un succès populaire jamais démenti au Québec.

Entre temps, à l’hiver 2014, il enfile le costume de  « coach » de l'émission de télévision La Voix. Puis, un second opus solo « Les Grandes Artères » voit le jour. Annoncé à la fin de la parenthèse Karkwa, il est publié fin mars 2015 au Québec et il paraîtra en France le 26 août 2016.  J’aurais presque envie de dire ENFIN. Louis-Jean Cormier  n’est pas un débutant avec près de 15 années de présence musicale au Québec. On serait presque offusqué que la musique de Louis-Jean Cormier ne soit pas plus reconnue ailleurs qu’il ne l’est dans son pays natal.  J’espère grandement que cette erreur soit réparée (au moins en France) avec la parution du second album studio de ce talentueux artiste québécois et le premier sur le sol français (avec le label Yotanka/PIAS).

L'album "Les Grandes Artères" de Louis-Jean Cormier est un disque atypique et foisonnant. C'est une invitation à un voyage intérieur des sentiments que procure le grand amour quand il nous perd et disparaît. Cet album est d’une richesse extraordinaire, d’abord pour les paroles (tant en profondeur qu'en poésie), puis par les thèmes abordés (la rupture, la révolte, la dépression), enfin, les arrangements et l’orchestration foisonnante de certains titres. Les sujets abordés sont un voyage presque indécent dans la douleur humaine, celle qui décuple les émotions, les colères ou au contraire ses petites joies éphemères. Louis-Jean Cormier aborde aussi des sujets de société suffisamment importants comme l'indifférence devant les autres, les manifestations pour défendre ses droits pour que cela interpelle l'auditeur au fond de son  canapé. Ces histoires de ruptures amoureuses ou sociétales  expriment des regards différents dans nos relations aux autres.

Le tout avec des textes et des mots soigneusement choisis pour leur force de conviction, leur réalisme mais également leur capacité à soigner les maux par les mots. Certains diront que l'influence du groupe Karkwa se retrouve dans les solos de guitares et les envolées planantes. L'intelligence de Louis-Jean Cormier sur cet album est de donner corps à ses sentiments de mélancolie Folk avec l'omniprésence du banjo et de la guitare acoustique comme fil rouge sur les titres, d'habiller cet album avec des choeurs qui appuient le propos, et enfin de lui donner une modernité musicale, des guitares planantes, des cuivres étincelants, des orchestrations débordantes de générosité artistique.

Les plumes affutées de Daniel Beaumont, le talent de Martin Léon et d'Alex McMahon collent à merveille aux intentions artistiques voulues par Louis-Jean Cormier. L'accouchement de ces "Grandes Artères" toute en puissance et en simplicité, révèle une performance intime et presque autobiographique dans certains titres (Faire semblant). Un vrai travail d'artisan à l'ancienne avec une précision d'une modernité diabolique. C'est vrai que plusieurs écoutes sont nécessaires pour apprécier pleinement ce second album solo. On peut dire d'une certaine manière que Louis-Jean Cormier a plus que peaufiné son œuvre commencée avec l'album précédent "Le Treizième étage". De quoi séduire avec certitude et conquérir un nouveau public, Français cette fois-ci !

Voici la chronique de cet album de 13 titres tant attendu, de façon chirurgicale, titre par titre.

1. Si tu reviens.

D’emblée, j’adore ce titre, qui a tout du futur single à succès. Je l’avais écouté quand il était sorti en single au Québec. Cette histoire d’amour animée et dessinée me parle. En tous cas, à cette presque dessinatrice que j’avais été adolescente. On pense souvent que les mots sur du papier suffisent à exprimer les sentiments. Les dessins sont aussi capables de le faire et de façon tout aussi expressive. D’ailleurs, quand on est tout petit, le dessin est la première expression bien avant l’écriture. Dans des temps plus reculés, les hommes des Cavernes ont utilisé ce moyen d’expression pour expliquer leur vie au quotidien et bien plus tard leurs convictions et leur foi dans une entité sacré invisible. Cela a quelque chose de profondément viscéral.

La vidéo ensuite m’avait vraiment transporté dans cet univers enfantin et poétique à la fois. Ce titre est la transposition d’un sentiment humain et de cet état de rupture latent qui prend la forme d’un bonhomme dessiné puis d’un tableau. Un dessin, en tout cas celui voulu par Louis-Jean Cormier, c’est enfantin. Je suis touchée par les mots employés par Louis-Jean Cormier. Au-delà de leur poésie évidente, l’expression du chagrin et des blessures d’une rupture par un homme est sensible, émouvante, touchante, et si différente (à mon avis) de ce que peut ressentir une femme. Il y a aussi cette dichotomie contradictoire entre l’élégance du trait qui glisse sur la feuille et la violence de la tristesse ressentie au final. Il y a d’abord, cette élégance enfantine : «  J’commence par me peindre la tête comme un tourne-disque…. et puis je me dessine un cœur en calorifère…. j’me sers de l’empreinte de mes mains comme une couverture. »

Puis, on finit par se prendre en pleine figure une torture visuelle où l’être humain est à vif. « Parce qu’on s’est crié des mots qui ont sali tous nos plus beaux dessins. On a hurlé des chaudières d’encre noire sur le bonheur. ». De même, avec cette mise à nu dans ce refrain si fort et lancinant : «  J’t’expose ma tête, mes yeux, mon cœur, et mes mains, si tu reviens ». Sa chanson exprime à la fois une tristesse enfantine et inoffensive, mais également une douleur tout aussi intense et déchirante. Cette expression animée passe également une expression musicale avec le banjo sautillant et la présence omniprésente des cuivres, qui donnent des arrangements d’une richesse presque redondante. Ces paroles sont doublées constamment par ses propres chœurs qui appuient l’intensité du propos. Ce tableau final présage d’un homme futur différent mais  mécanique (sans sentiments) : « Mais ce tableau représentera le moi de demain. un robot qui nous aidera à remonter les heures ». Drôle d’histoire pour un drôle de chagrin !

2. Saint-Michel.

J’aime cette pop accrocheuse et allumeuse, sur une histoire qui l’est moins. J’aime ce pari musical d’une chanson qui cherche à attirer l’attention de l’auditeur sur cette situation qui se vit chaque matin dans presque toutes les cités urbaines du monde. Le mec qui est dans sa voiture et qui a accès à une vie riche en argent, qui se résume à sa bagnole et sa montre, mais surtout ce dédain quotidien affiché à ceux (« Le fou qui quête au coin de St-Michel … Chaque matin je reviens tendre la main »)  qui n’ont rien ou si peu. Cette (nôtre ?) vie urbaine qui se résume aux 4 feux tricolores qu’on regarde chaque matin, qui détourne ses yeux au coin d’une rue, d’un SDF auquel elle n’adresse même pas un regard.

Pire, cet automobiliste détourne la tête comme s’il avait peur de ce qui pourrait lui arriver avec ce pied sur le frein. Vu du point de celui qui est dans cette voiture et qui tente d’échapper à la situation et de celui qui est constamment oublié, on se dit que ce monde marche sur la tête (« Le monde a l'air tout droit sorti de l'Est »). Vu du point de vue de Louis-Jean Cormier, c’est une violence tellement palpable, que jamais ces 2 vies qui se rejoignent le temps d’un feu rouge, ne le feront jamais dans cette réalité urbaine (« Que j'passe enfin de l'autre côté du pointillé »). Ce contraste musical s’entend à la fois dans ces guitares basse et électrique en gimmick, puis cette batterie qui augmente fur et à mesure avec le refrain « Quand t'as l'pied sur le frein »  qui retombe pour laisser place au refrain solo chanté de Louis-Jean Cormier. Il met un point d'honneur à glisser cette douceur éphémère et illusoire. Avant le retour d’une violence plus explosive qui s’exprime vers la fin de la chanson dans le solo dévastateur et psychédélique de la guitare d'Olivier Langevin. Un des titres les plus jouissifs musicalement de l'album. 

3. Tête première.

C’est une chanson folk qui ne dit pas son nom, qui est moins convaincante mais qui n’en est pas moins belle. Elle est simple et va à l’essentiel. Comme son titre « Tête première ». Comme celle qu’on mettrait dans un plongeon dans une eau nouvelle, sans filtre et sans filet. Ce désir de voir ailleurs (« Pour quitter nos repères », Pour qu'on s'éloigne des remous), cette illusion de quitter le quotidien pesant et qui nous emprisonne (« Veux-tu sortir de la roue. Pour changer d'air »). Et au final, cette requête presque comme une prière, une supplication qui se résume « trois mots collés sur ton frigidaire » (« Veux-tu partir ? Et enfin prendre ton temps ? »). Si j’ai apprécié la musique, notamment le banjo omniprésent et la voix à nu de Louis-Jean Cormier, puis accompagné d’une guitare et d’une rythmique aussi légères que possible pour donner de la place aux paroles, je suis moins accroché par le refrain (à part peut être les trompettes). Pourquoi chercher à nous persuader que ce « one-way pour le bout monde » est possible et souhaitable alors qu'il n'arrivera pas. Je préfère sincèrement cette envolée folk au début et à la fin du titre qui sied si bien à sa voix.

 

4. La fanfare.

Historiquement, je me souviens que Louis-Jean Cormier avait dit de cette chanson en concert qu’il l’avait écrite après le « Printemps Erable ». Pour mémoire, à l’image du « Printemps Arabe », le Québec a vécu des manifestations de grande ampleur il y a 4 ans qui a mobilisé le pays pour dénoncer la hausse des droits de scolarité. Ces évènements qui se sont déroulés de Février à Septembre 2012 a eu comme point d’orgue la Grande manifestation du 22 mai 2012. Elle a marqué les 100 jours du mouvement de contestation étudiant. Plusieurs manifestations ont été organisées dans les plus grandes villes de la province de Montréal, pour revendiquer une négociation avec le gouvernement d’alors, pour dénoncer la hausse des droits de scolarité ainsi que l'adoption de la loi d'exception 78. Avec pour thème principal : « 100 jours de grève. 100 jours de mépris. 100 jours de résistance. »

Au-delà du fait que la Fanfare représente assez fortement cet évènement qui a marqué l’histoire politique et sociale du Québec, elle pourrait aisément trouver écho dans toutes les manifestations qui ont lieu de par le Monde, de tous ceux qui manifestent pour défendre leurs droits quelqu’ils soient. Comment ne pas penser plus près de nous aux « Nuit debout » et aux manifestations post-attentat contre le terrorisme. En cela cette chanson est forte, magnifie un idéal et est porteuse d’espoirs. Ces mots frappent comme un poing dans le ventre, comme le boum boum de cette introduction puis cette Fanfare bienvenue en fin de titre.

Une mélodie accrocheuse qui enjolive le propos mais qui manquerait presque de conviction, si on ne dénotait pas une vraie sincérité de Louis-Jean Cormier dans le choix des paroles. Des paroles qui voudraient être aussi percutantes que les actes réels des manifestations, les douleurs physiques de ceux qui les subissent. C’est d’ailleurs cette chanson qui évoque le titre de l’album (« Comme une fanfare. Qui fait rougir les grandes artères. Jusqu'aux trottoirs. Dans une marée de lumière »). Mais je suis déçue par cette fin en forme de demi-teinte, plus douce (« J'aime mieux rêver que de voir sans y croire ») qui ressemble à l’artiste Louis-Jean Cormier, un grand rêveur qui ne s’ignore pas dans ses chansons. Alors que celle-ci frappe et s’attaque à des actes bien réels (« J'aime mieux ramper que de me rasseoir »). Je ne lui en voudrais pas pour ce côté pacifiste car cette chanson a sa place dans ce second album orienté vers des désirs de monde meilleur.

Les Grandes Artères, chronique d'album. Heureux qui comme Louis-Jean Cormier ....

5. Vol plané

Voilà un titre qui porte bien son nom. Il est direct sans fioritures et il n’a besoin d’aucune interprétation. Par contre, c’est l’atterrissage qui est plutôt raté. S’il fallait trouver une faiblesse à ce second album, c’est bien ce vol plané qui l’est. Il est toujours délicat de pouvoir parler d’un accident (d’un suicide ?), des raisons pour lesquels il a lieu et de le décrire sans être trop violent ou racoleur ou même sans heurter la sensibilité. Louis-Jean Cormier a choisi la dernière option et en faisant cela il édulcore cette situation qui est en soi d’une violence inouie avec laquelle on ne peut se voiler la face. Cette chanson qui décrit ce vol plané comme un film au ralenti, vers un vol léger presque irréel est presque gênant tellement il fait preuve d’un manque de réalisme surprenant. Adoucir ce moment singulier est un mauvais calcul et tenter de le mettre en musique encore plus. Dommage que ce titre n’ait pas atteint mon coeur d’auditrice. Que je ne me suis pas laissé porter comme le saut de l’ange, qui est loin de toute douceur et de légèreté.

 

6. Le jour où elle m'a dit je pars

Frissons, frissons, sont les premiers mots qui me viennent comme ces premières phrases et ces premières notes de cette magnifique chanson. On se projette si incroyablement vite dans cette solitude imposante et imposée. Une histoire de rupture très différente du premier titre, plus adulte, plus réaliste dans le ressenti aussi. Le mérite d’une  chanson acoustique, c’est qu’elle atteint plus surement son auditeur à l’âme. Ce dépouillement, cette austérité musicale viennent porter les émotions à fleur de peau. Pas besoin de décrire ce qui est vécu, le souvenir est plus que palpable, il ferait même presque peur, tellement il est encore présent. C’est que je ressens en écoutant cette chanson. Je regrette juste cet intermède en fin de parcours sur l’avant dernière strophe, qui s’éloigne de l’acoustique pour donner un semblant de force, rendre plus imagée la douleur ressentie par cette rupture.

Ce choix d’arrangement est ce qu’il est mais n’apporte selon moi pas grand-chose au ressenti déjà extrêmement fort qui se dégage de ce titre. En effet, quoi de plus ardu et intrinsèquement insupportable pour un musicien que de chanter « Le jour où elle m'a dit je pars, je suis devenu sourd ». La force de Louis-Jean Cormier est là dans ses paroles, que l’on croit d’une certaine simplicité alors qu'elles sont taillées rubis sur l'ongle. Alors qu’elles sont ciselées comme des trésors d’orfèvre, dont l’évidence est tellement forte qu’on ne peut qu’être touché et désarmé. J’aime aussi cet accent léger venu de Sept Iles qui caresse ce titre au travers d’expressions d’une justesse extrême. Merci Louis-Jean Cormier pour cette pépite.

 

7. Complots d'enfants.

Avec ce titre, Louis-Jean Cormier donne une place particulière à Félix Leclerc. Autant que l’univers du poète Gaston Miron, celui de l’icône Félix Leclerc est une des influences majeures de cet artiste. Il n’a pas froid aux yeux en réarrangeant cette chanson écrite par le grand Félix Leclerc dans les années 70. Ce titre figure dans l’album « J'ai vu le Loup, le Renard, le Lion » qui a été chanté en duo avec Robert Charlebois lors d’un concert enregistré lors du spectacle d'ouverture du Festival international de la jeunesse francophone, la Superfrancofête en 1974. Louis-Jean Cormier  donne une nouvelle jeunesse si j’ose dire au titre original un peu suranné, la rallonge, la propulse (avec les guitares omniprésentes) comme une chanson étendard pour la jeunesse d’aujourd’hui. Peut être une sorte d’hommage supplémentaire (en plus de celui rendu en 2000 par Karkwa avec d’autres artistes) à cet immense artiste dont les paroles ne vieillissent pas.

 

8. Faire semblant.

Cette chanson-là est un peu comme la sueur qui colle à la peau. Comme une histoire d’alcool qui  coule dans les veines, on hésite entre ce déséquilibre latent entre une vie sociale insipide et le ressenti émotionnel qu’elle nous inspire. Comment devenir un zombie insignifiant et tellement présent à la fois. Lancinante, lente, glissante vers un puits sans fond, ce titre a le mérite d’être  de la même trempe que Saint Michel, la simplicité en plus. Louis-Jean Cormier avait évoqué ce sentiment de vide ressenti après une célébrité fulgurante suivie de sollicitations permanentes qui l'avait vidé de sa substance. Ce titre autobiographique est touchant mais l'émotion n'atteint pas sa cible selon moi.

 

9. Jouer des tours.

Petite pépite folk acoustique, dont la simplicité n'a d'égale que l'autenthicité. Celle de la voix de Louis-Jean Cormier mélangée à celle douce et enveloppante de sa complice de toujours, Adèle Trottier Rivard. Cette mélodie aérienne agit comme une comptine d'enfant, elle est touchante, les paroles s'échappent du contexe de la réalité d'un amour concret, volubile comme une plume d'oiseau qui ne se poserait jamais à terre. Une histoire d'amour légère comme ce tour de passe passe musical qui nous effleure sans jamais vraiment nous attraper.

 

10. Traverser les travaux.

Après Si tu reviens et Le jour où elle m'a dit je pars, ce titre forme le tryptique des chansons sur la rupture amoureuse dont Louis-Jean Cormier à la secret. On est sorti du mode enfantin, on fait un pas de plus dans la douleur, la gravité monte les échelons et Traverser les travaux prend à la gorge de celui qui l'écoute. Comme un long sanglot étranglé dans la gorge qui refuse de sortir, cette dépression qui ne veut pas dire son nom, cette longue descente aux enfers qui tourne en rond, comme si la lumière au bout du tunnel n'existais pas. Comme pour les 2 titres, la force des mots, du propos, de la mise en situation presque palpable nous retourne le coeur, les entrailles, comme si un point de basculement avait été atteint. Cet album met un point d'honneur à faire ressentir au tréfonds de soi cette faille de l'amour, qui plonge le plus dur d'entre nous dans une tristesse et une mélancolie insondables. Ce travail sur l'écriture est incroyable, tandis que la musique acoustique du banjo et la percussion lourde et ce sifflet dans le refrain achèvent de nous mettre à terre. Probablement une des plus belles chansons de l'album. 

11. Deux saisons trois quarts

Ce voyage au long cours d'un amour qui se délite a pour lui cette merveilleuse orchestration des cuivres, de ces belles trompettes et trombones qui soulignent la justesse du propos. Deux saisons trois quarts, c'est un peu la nostalgie de ces moments trop courts dans une vie, de cette échappée belle malgré soi et les sentiments que l'on porte intérieurement. Comme il le dit dans le premier strophe, le temps suspend son vol et on se laisse porter par la musique planante, un peu popisante, qui colle comme un caramel mou aux doigts. Les grandes artères nous font voyager au travers ces sentiments si fragiles, si intenses, mais en même temps si loin et si proche. Le temps d'une guitare acoustique, et on reste suspendu à la voix aigue de Louis-Jean. En tout cas, ce titre est loin d'être une mauvaise toune d'amour (chanson en québecois) et clôt à merveille cet album foisonnant musicalement parlant.

 

12. Les hélicoptères.

Cet intermède musical très court posé en fin d'album voudrait donner à l'auditeur la sensation que son auteur enchaine les saisons sans trouver de solutions acceptables à sa situation douloureuse. Ca n'en reste pas moins très court, mais alors qu'est ce que l'intention musicale est belle !

 

13. Montagne russe.

Après nous avoir baladé dans la forêt de tous ces sentiments amoureux, ses doutes, cette chanson est la conclusion presque fataliste de la fin de l'histoire. Le temps est aux regrets, presque aux remords, qui n'auraient rien changé à la situation au final.  L'amour est bien cette montagne russe sans fin, à l'image de cet album qui trimballe nos oreilles et nos ressentis du haut vers le bas et de droite vers la gauche. L'Amour avec un grand A nous bouscule, nous fait faire des choix qu'on aurait pas imaginé, nous transfigure mais nous abîme surtout. Ces petites bosses de l'amour qui se révèlent de grandes crevasses accompagnent nos vies et nous transforment. Ce sont ces chemins que cet album nous fait emprunter. Et il nous ferait croire que cela ne va pas toujours finir bien. Bravo à Louis-Jean Cormier pour cette prise de risque artistique.

Les Grandes Artères, chronique d'album. Heureux qui comme Louis-Jean Cormier ....

Louis-Jean Cormier sera en tournée en France cet automne :

3 octobre : Festival Mama - Les Trois Baudets à Paris
16 octobre : Festival Francofaune à Bruxelles (Belgique)
18 octobre : Le Sémaphore à Cébazat
19 octobre : Le Sirius à Lyon
20 octobre : Train Théâtre à Portes les Valence
22 octobre : La Barakason à Nantes

Revoir notre reportage photo aux Francofolies de la Rochelle 2016 sur ce lien.

Plus d'infos sur Louis-Jean Cormier : Site officiel - Facebook - Twitter